Le projet en deux mots
Le projet DEPHYTOP (2021-2024), dans la continuité du projet PHYTEO, explore les potentialités des plantes à parfum, aromatiques et médicinales (PPAM) pour le phytomanagement des sols pollués par les éléments traces métalliques (ETM). L’angélique et d'autres PPAM montrent un fort potentiel pour le phytomanagement des sols pollués par les ETM, avec des retombées économiques, environnementales et sanitaires intéressantes. Cependant, des efforts supplémentaires en termes d’optimisation des rendements et d’acceptation par les agriculteurs sont nécessaires pour en faire une solution durable et largement adoptée.
Contexte et enjeux
La phytostabilisation aidée (phytostabilisation avec apport d'amendements) est un mode de culture permettant, de limiter les flux de polluants dans l’écosystème sol-plante et d’autre part, de rétablir une dynamique dans la fonctionnalité des sols pollués en favorisant leur résilience. La valorisation de produits biosourcés, à hautes valeurs ajoutées, issus de la biomasse végétale produite sur ces terres agricoles polluées permettrait d'abaisser les coûts globaux de gestion et de requalification de ces sites, tout en leur rendant un attrait économique, répondant ainsi aux attentes environnementales et sociales.
Objectifs
Le projet DEPHYTOP a pour principal objectif de développer un mode de gestion reposant sur la phytostabilisation aidée avec divers amendements biologiques, organiques et/ou minéraux issus de l’économie circulaire) des éléments traces métalliques (ETM) par la culture de PPAM (plantes à parfums aromatiques et médicinales) et la valorisation de la biomasse végétale par la production d’HE en collaboration avec un partenaire privé, producteur d’HE, situé dans la région Hauts de France. Deux espèces végétales ont été testées dans le cadre de ce projet : la coriandre et l’angélique. Le projet DEPHYTOP s’inscrivait dans une démarche de phytomanagement du site Metaleurop, en s’appuyant sur plusieurs démonstrateurs in situ, déployés à différentes échelles, allant des microparcelles à des parcelles expérimentales d’un hectare, avec un suivi sur une durée de 4 années successives. La faisabilité technique ainsi que les bénéfices environnementaux, sanitaires et socio-économiques ont été étudiés.
Synthèse des résultats
Les résultats obtenus ont mis en évidence la capacité de l'angélique à se développer sur un sol pollué par de fortes concentrations en Cd, Zn et Pb et par conséquent sa tolérance aux ETM. Bien que les concentrations en Cd dans les graines d’angélique soient élevées, elle présente des facteurs de bioconcentration très faibles et donc un caractère accumulateur en Cd moins prononcé que celui de la coriandre. Les HE distillées à partir des graines présentent une qualité similaire aux HE commercialisées et sont caractérisées par une grande richesse en principes actifs qui sont à l’origine de différentes propriétés biologiques potentiellement valorisables dans les domaines de la protection des cultures (fongistatiques, herbicides) et de la santé humaine ou animale (anti-inflammatoires et antioxydantes). De plus, l'angélique a permis d’augmenter significativement la qualité microbiologique du sol phytomanagé (biomasse microbienne, richesse et la capacité métabolique bactériennes, réseaux de co-occurence entre les groupes microbiens). De même, les essais comportementaux chez le vers de terre indiquent un effet bénéfique la première année, qui semble disparaître au cours du temps. Plusieurs pistes de valorisation des résidus de distillation ainsi que des tiges et des feuilles d’angélique ont pu être explorées (combustion, production d’oligogalacturonides en tant que stimulateurs des défenses des plantes). Malgré les concentrations élevées en Pb ou en Cd dans les sols et les PAM, l’évaluation des risques sanitaires associés à la filière PAM/HE a été jugée acceptable pour les agriculteurs et les riverains
En conclusion, l’ensemble des résultats techniques, l’évaluation des risques et l’analyse socio-économique soulignent le fort potentiel de la filière PAM/HE et notamment celui de l’angélique par comparaison à la coriandre pour la gestion des sols pollués par les ETM. Un arbre d’aide à la décision a pu ainsi être proposé. Certains verrous restent néanmoins à lever, notamment en améliorant la perception de la filière par les agriculteurs. Cela passe par une communication renforcée sur sa faisabilité et son potentiel, ainsi que par l’optimisation des pratiques culturales pour accroître les rendements.
Coordinateur
- Université du Littoral Côte d'Opale (ULCO-UCEIV)
Partenaires
- INERIS,
- Unité BIOPI - Université de Picardie Jules Verne (UPJV-BIOPI),
- Société FERRANT PHE,
- Chambre d’Agriculture du Nord-Pas de Calais,
- Direction Régionale de l'Alimentation,
- l'Agriculture et la Forêt Hauts de France (DRAAF)
Début et fin de projet
- Mai 2021 à Novembre 2024
Montant du projet
- 764 000 euros
Montant de l'aide Ademe
- 250 000 euros