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Le réseau des Pôles Territoriaux de Coopération Économique

Consacrés par la loi sur l’ESS de 2014, les PTCE recouvrent des dynamiques de coopération instituées entre les différents acteurs d’un territoire. Qui sont-ils ? Quel soutien reçoivent-ils des pouvoirs publics ? Nous avons tenté de faire le tour de la question avec Pierre Luc Mellerin, animateur national du dispositif de soutien des PTCE au sein du réseau Coraace. Propos recueillis par VL.

Le PTCE Nouveau Mode en Guadeloupe, lauréat de l’AMI 2025, a pour objectif de créer une filière complète dédiée au textile, allant de la collecte à la production de nouveaux matériaux.

Comment sont nés les PTCE ?

Les Pôles territoriaux de coopération économiques (PTCE) ont été consacrés par la loi du 31 juillet 2014 relative à l’économie sociale et solidaire (ESS). Mais ces dynamiques sont plus anciennes.

En 2008, cinq réseaux engagés pour l’ESS (ESS France, RTES, le Labo de l’ESS, le Mouvement pour une économie solidaire et Coorace) décident de mieux identifier ces dynamiques collectives qui renouvellent le développement territorial. Leur constat ? Depuis les années 2000, des coopérations territoriales réunissent les forces vives d’un même territoire (collectivités locales, acteurs économiques, recherche et formation) et contribuent au développement de nouvelles activités et à la robustesse de leurs territoires, notamment grâce à la création d’emplois non délocalisables.

Sous l’impulsion de Claude Alphandéry, ces cinq réseaux initient un programme de recherche action pour mieux comprendre ces phénomènes et les conforter, qui mobilise une quinzaine de structures et des chercheurs. La loi du 31 juillet 2014 s’inspire en grande partie de ces travaux.

Quelle est leur définition ?

Voici celle de l’article 9 de la loi sur l’ESS du 31 juillet 2014 :

« Les pôles territoriaux de coopération économique sont constitués par le regroupement sur un même territoire d’entreprises de l’économie sociale et solidaire, au sens de l’article 1er de la présente loi, qui s’associent à des entreprises, en lien avec des collectivités territoriales et leurs groupements, des centres de recherche, des établissements d’enseignement supérieur et de recherche, des organismes de formation ou toute autre personne physique ou morale pour mettre en œuvre une stratégie commune et continue de mutualisation, de coopération ou de partenariat au service de projets économiques et sociaux innovants, socialement ou technologiquement, et porteurs d’un développement local durable ». 

Combien de PTCE en France ?

« Recenser avec exactitude le nombre de PTCE n’est pas une tâche aisée, car il n’existe pas de labellisation nationale officielle », explique Pierre Luc Mellerin, animateur national du dispositif de soutien des PTCE au sein du réseau Coraace. Toute dynamique collective qui se reconnaît dans la définition de la l’article 9 de la loi ESS peut se déclarer librement PTCE. 

Si cela rend plus difficile le recensement, cette situation présente aussi plusieurs avantages : elle préserve le caractère ascendant des PTCE, favorise l’innovation et l’expérimentation et n’écarte pas ceux qui ne souhaitent pas rentrer dans un dispositif trop contraignant et une démarche de labellisation.

Comment dès lors évaluer l’importance des PTCE et leur développement ? Le recensement est rendu possible par les appels à manifestation d’intérêt (AMI) mis en place par l’État pour soutenir le développement des PTCE.  « On peut estimer aujourd’hui qu’il existe en France entre 200 à 235 PTCE actifs », avance Pierre Luc Mellerin. 

Quelle répartition géographique et quels secteurs d’activité ?

Depuis février 2025, une cartographie des PTCE permet de suivre les évolutions des dynamiques territoriales de coopération, les acteurs impliqués dans ces dispositifs et les thématiques abordées. 

 « L’économie circulaire et l’agriculture durable sont les deux thématiques les plus souvent abordées, mais elles ne résument pas l’ensemble des champs d’action des PTCE qui peuvent en réalité recouvrir l’ensemble des problématiques de notre société. Les PTCE font preuve d’une grande diversité de thématiques et d’orientations, en s’intéressant par exemple à des filières plus spécifiques ou émergentes, telles que le design, l’énergie ou le jeu vidéo », témoigne Pierre Luc Mellerin. 

Témoin Player One à Draguignan, lauréat de l’AMI 2024, qui repense la chaîne de valeur de la filière vidéo, sous toutes ses facettes (formation, éducation, business, E-sport, évènementiel).  « Le champ des possibles est extrêmement vaste. A priori, tout domaine peut faire l’objet d’un PTCE », résume Pierre Luc Mellerin.

Quelles sont leurs fonctions ?

Leur fonction recouvre le mot clef  de « facilitateur de coopération ». Un PTCE ne se définit pas par l’activité d’une structure en particulier mais par les croisements d’intérêt et de projets communs développés pour répondre à des besoins territoriaux précis. 

Au cœur de chaque dynamique se trouve un projet politique partagé, qui vise à accompagner le développement des territoires et des structures parties prenantes. Ainsi, un ensemble d’acteurs locaux développent des coopérations et des mutualisations pour construire une stratégie de développement économique territorial.

Pierre-Luc Mellerin distingue trois fonctions stratégiques des PTCE :

-L’animation territoriale 

« L’idée est de mettre tous les acteurs autour de la table, de les mobiliser, développer l’interconnaissance et aboutir à une gouvernance partagée : que ce collectif décide d’une stratégie pour le territoire et d’orientations du PTCE en termes de projets à développer ».

- L’ingénierie et la mise en œuvre des projets

« Une fois les besoins identifiés collectivement, comment passer à l’action en mettant en place des projets ? Comment les mettre en œuvre ? C’est cette transformation que les PTCE facilitent au travers de cette fonction d’ingénierie et de mise en œuvre de projets. En privilégiant toujours les ressources du territoire, plutôt que d’en mobiliser à l’extérieur. L’idée est de favoriser au maximum le « bon sens » dans le développement économique ».

-La recherche, l’innovation et le développement

Les PTCE sont un terrain de recherche privilégié pour comprendre comment les dynamiques de développement émergent et se pérennisent. Les plus matures, comme le PTCE NOLA, ont fait l’objet de recherche action et le programme COOP’ÉCO initié à la rentrée 2025 vise justement à renforcer ce type de travaux. 

Quelle implication de la part des entreprises ?

« Même si ces dynamiques sont portées par l’ESS, l’un des enjeux est de dépasser cette sphère, d’embarquer tous les acteurs au service du développement du territoire, et notamment des besoins non couverts. Beaucoup d’entreprises sont déjà impliquées dans ces processus, mais il faut amplifier le mouvement », analyse Pierre-Luc Mellerin.  Et d’ajouter… « Les PTCE ont notamment pour mission de désiloter les univers et de rapprocher ceux qui n’ont pas la même culture. La langue, la culture ne sont pas les mêmes pour un acteur de l’ESS, un élu local, ou un dirigeant de PME, par exemple ». 

Dans beaucoup de territoires, le rapprochement a eu lieu. On peut citer notamment le PTCE Valesens, à Tours, qui réunit acteurs de l’ESS, designers et entreprises (Manufacture Tourangelle, Habiter Surcyclé) au sein d’un incubateur de projets circulaires par le design et dont l’ambition est d’hybrider économie circulaire, économie solidaire, innovation et attractivité territoriale. 

A quels enjeux répondent-ils ? 

Décloisonner les acteurs et élargir le cercle de la solidarité, renforcer le tissu économique local en valorisant les ressources inexploitées des territoires, apporter des réponses innovantes aux besoins des entreprises et des citoyens grâce à la recherche et développement, contribuer à la reconversion écologique, relocaliser les activités économiques, contribuer à mettre en mouvement les collectivités territoriales… Tels sont les nombreux enjeux auxquels répondent les PTCE. 

Dans de nombreux territoires, des PTCE parviennent à changer la donne, à l’instar du PTCE Pôle Sud Archer installé à Romans-sur-Isère, dans la Drôme, issu d’un territoire sinistré par les délocalisations. Travailleurs sociaux, élus et chefs d’entreprises ont réussi, notamment sous l’impulsion de Christophe Chevalier, le PDG du Groupe Archer, à créer la marque « Made in Romans » et bâtir une Cité de la chaussure, en s’appuyant sur les structures d’insertion. Les PTCE offrent ainsi des réponses aux crises sociale, économique et écologique, en favorisant un développement plus sobre matériellement et plus riche en emplois.

Quel soutien des pouvoirs publics ?

Les premiers soutiens des PTCE se situent à l’échelle territoriale : les collectivités territoriales en constituent en effet les premiers appuis, selon des modalités très variables d’un territoire à l’autre (régions, municipalités, EPCI ou combinaison des différents niveaux). 

Consacrés par un article dans la loi relative à l’ESS de 2014 , les PTCE ont ensuite fait l’objet en 2013 et 2015 de deux Appels à Manifestation d’Intérêt ouvrant le droit à une reconnaissance et à un financement destiné à consolider leur modèle.

Après une interruption de la politique de soutien de l’État aux PTCE, Olivia Grégoire, secrétaire d’État à l’économie sociale, solidaire et responsable a décidé en 2021 de relancer leur développement par une nouvelle dynamique de soutien. 135 lauréats sont sélectionnés lors de l’AMI Accompagnement. Ils bénéficient ainsi d’une animation régionale avec les Cellules régionales d’animation (CRA) et d’un bouquet de services national favorisant l’émergence et la montée en compétences des PTCE (voir la question « Que trouve-t-on dans le bouquet de services national ? »).

Les lauréats de l’AMI Phase I gagnent aussi la possibilité de bénéficier d’un AMI PTCE Phase II finançant 15 projets par an à hauteur de 100 000 € sur deux ans. 

Huit lauréats sont retenus lors de l’AMI 2025 : PTCE Réemploi et inclusion numérique en Centre Bretagne, PTCE Semeurs de graines dans le Centre-Val de Loire, PTCE Le Nouveau Mode en Guadeloupe, PTCE Grand Chantier en Normandie, PTCE Sud Vienne en Nouvelle Aquitaine, PTCE ReTolosa en Occitanie, PTCE Roya-Riviera Terres Nourricières en Provence-Alpes-Côte d’Azur et PTCE Aménagement circulaire dans les Pays de la Loire.

Qu’est-ce que la Charte des PTCE ?

Co-construite avec les pôles eux-mêmes, la charte des PTCE synthétise les valeurs, principes d’actions et engagements individuels et collectifs de ces dynamiques de coopération territoriales. Cette charte constitue un repère pour les dynamiques qui souhaitent s’inscrire dans la sphère des PTCE. Sa signature est requise pour la reconnaissance des PTCE dans le cadre du dispositif national de soutien des PTCE (l’AMI accompagnement).

Depuis 2021, la CNA est l’organe de gouvernance consultatif du dispositif étatique de soutien des PTCE. Elle définit ses orientations stratégiques ainsi que l’offre de services nationale et participe aux instructions des AMI PTCE Phase 2.

Elle est composée de 4 réseaux de l’ESS (Labo de l’ESS, ESS France, Coorace et le RTES), de quatre PTCE (PTCE Groupe Sud Archer, PTCE NOLA, PTCE Sud Aquitaine et le PTCE Maddy and co), de l’institut de recherche Godin et de l’État, représenté par la Direction générale du Trésor. 

Et les Cellules régionales d’animation ? 

Elles sont le cœur du dispositif de soutien, l’un des objectifs étant la mise en lien des PTCE et l’émergence de nouveaux pôles. 

Animées par des binômes CRESS/Préfecture, elles proposent notamment : 

-des services d’animation du réseau des PTCE régionaux 

-des accompagnements, diagnostics et suivis de PTCE

-l’instruction des AMI PTCE sur leur territoire

-la valorisation et la promotion des PTCE régionaux

-La mobilisation de ressources et d’acteurs diversifiés au service des PTCE (collectivités locales, acteurs du financement et de l’accompagnement).

Que trouve-t-on dans le bouquet de services national ?

-l’organisation annuelle de Rencontres nationales des PTCE

-des visites apprenantes au sein des PTCE, pour que les pôles s’inspirent mutuellement et travaillent autour d’une thématique commune durant deux jours

-un cycle de webinaires thématiques

-des créneaux avec des juristes de RTES et Coorace

-des Transferts de savoir-faire (TSF) entre pairs

-un travail de caractérisation de l’innovation sociale opérée par le PTCE avec l’institut Godin

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