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CEIT
La coopération de transition au-delà de l’écologie industrielle territoriale : cadrages, gouvernance et territoires
Le projet CEIT part d'un constat : malgré des résultats notables dans certains territoires, l’écologie industrielle et territoriale (EIT) peine encore à transformer les modes de production et de consommation hors des territoires urbains et industriels. Réunissant quatre coopérations économiques territoriales de transition (Agrolandes dans les Landes, BIOTOP en Charente-Maritime, Coop’actions en Dordogne, EET Gravona Corsica en Corse) et des chercheurs du laboratoire de sciences de gestion qu’est le Centre de Gestion Scientifique de Mines Paris – Université Paris Sciences et Lettres, le consortium étudie en recherche-action participative deux leviers : une gouvernance locale plus horizontale et moins centrée autour des acteurs publics, et le cadrage même des démarches de coopération. Sur 24 mois, il vise à produire des modèles de gouvernance, des recommandations pour les décideurs publics et des outils utiles aux territoires.
Les thèmes de recherche
- Modèles de gouvernance territoriale. Tester si une action publique plus horizontale et distribuée favorise les coopérations de transition, et en tirer des modèles et des recommandations pour les décideurs.
- Cadrage des démarches de coopération. Analyser les limites du cadrage de l'écologie industrielle et territoriale et expérimenter un cadre plus ouvert, adapté aux territoires ruraux, insulaires ou peu industrialisés et correspondant à des modèles économiques soutenables plus innovants
Le point de vue de...
Joël Ntsondé, enseignant-chercheur en sciences de gestion à l’ISTEC Business School et chercheur associé au sein du Centre de Gestion Scientifique (CGS)
« Analyser de plus près les dynamiques de transition et de coopération »
Jusqu’à présent, le concept d’Ecologie Industrielle et Territoriale a surtout été mobilisé afin d’analyser les synergies de flux de matières et d’énergie mises en place par des acteurs urbains ou périurbains, laissant de côté les territoires plus ruraux ou peu industrialisés. Pourtant, on peut observer aussi dans les territoires ruraux, des synergies relativement avancées, et même des formes de coopérations innovantes qui ne correspondent pas nécessairement à celles prévues par l’EIT.
En lien avec nos quatre coopérations économiques territoriales de transition partenaires, notre projet de recherche-action participative représente donc une opportunité d’analyser de plus près les dynamiques de transition et de coopération dans ces territoires, afin d’une part, de mieux comprendre le rôle de la gouvernance locale dans l’émergence de ce type d’initiatives, et d’autre part, d’envisager un nouveau cadrage théorique et institutionnel, mieux adapté à ces territoires. Cela permettrait notamment de mieux accompagner le développement de projets innovants, coopératifs et écologiques dans les zones moins urbanisées.
Thibault Boucher, doctorant, Centre de Gestion Scientifique
« Mettre nos hypothèses à l'épreuve et confirmer, ou non, nos intuitions »
L'Ecologie Industrielle et Territoriale (EIT) est susceptible de présenter certaines limites : à l’origine issue des sciences de l’ingénieur, centrée sur les synergies, les zones industrielles et dans une certaine mesure les territoires urbains, elle appelle sans doute un cadrage renouvelé. Nous faisons l’hypothèse que les cadrages successifs de l’écologie industrielle puis de l’EIT ont pu limiter, dans certains territoires, leur appropriation par les acteurs locaux. Certains flux de déchets (agricoles, par exemple), acteurs (agriculteurs, administrations publiques…) ou pratiques (écoconception, méthanisation…) ont ainsi pu être placés à l’extérieur du cadrage discursif de l’EIT. Pour que l'économie circulaire locale s'inscrive dans une perspective de développement territorial, de nouveaux modes d'organisation collectifs nous semblent nécessaires. Nous voulons donc tester une approche plus inclusive et adaptative.
Pour cela, les CETT expérimenteront une adaptation des pratiques et discours de l’EIT aux spécificités de territoires ruraux, insulaires ou peu industrialisés. Le consortium mobilisera par ailleurs deux outils sur le plan opérationnel, en complément des approches théoriques mobilisées : en Corse, le Value Mapping Tool, outil d'éco-innovation développé par Nancy Bocken et ses collègues (2013), qui cartographie la valeur ajoutée d'un projet pour chaque partie prenante, et Ecocircuit, en Charente-Maritime, développé par BIOTOP pour renforcer l'économie de la fonctionnalité collaborative et territoriale, en recensant les équipements, compétences et savoirs partageables sur un territoire.
Il ne s’agit pas de nier les apports de l’EIT ou de faire table rase de ce riche héritage de connaissances et de pratiques mais bien d’étudier dans quelle mesure le cadrage de l’EIT peut être élargi et plus adapté à la diversité des territoires ou économies.
Méthode de recherche-action participative
Le projet repose sur la recherche-action participative, avec une co-construction continue entre chercheurs et acteurs de terrain, de la formulation des problématiques à l'analyse des résultats. Les CETT échangeront entre elles au sein des comités stratégiques les réunissant, ainsi qu’en bilatéral au fil du projet. Ces échanges au sein du programme COOP’ECO sont utiles pour déterminer ce qui fait le succès - ou non - d’une coopération territoriale multi-acteurs. Enfin, l’appui sur la littérature académique et les autres démarches de coopération pour s’inspirer de ce qui fonctionne ou non constitue un levier significatif.
Perspectives de connaissances nouvelles et valorisation
Pour la communauté scientifique :
- Communications : conférences internationales (EGOS, NBM, RIODD...)
- Publications : au moins deux articles scientifiques dans des revues à comité de lecture
- Thèse doctorale : intégrant les enseignements du projet
Pour les acteurs des territoires et institutionnels :
- Fiches actions : méthodes et outils par thématique pour accompagner les coopérations
- Rapport de synthèse : résultats et leviers d'action, présentés de façon pédagogique
- Réunions de restitution : diffusion auprès des acteurs des territoires des CETT et d'autres territoires intéressés
En bref
Domaines d’activité économique : Agriculture, économie circulaire, énergie, mobilité, tourisme
Région : Nouvelle-Aquitaine, Corse
Durée du projet : 24 mois
Organisation coordinatrice du projet
Mines Paris, Université Paris Sciences et Lettres, Centre de Gestion Scientifique (CGS)
Le CGS, laboratoire de sciences de gestion de Mines Paris - PSL, est un pionnier de la recherche-intervention. Il éclaire les transformations des organisations, accueille 7 chaires (dont Mines urbaines et Filière Textile Responsable) et compte 29 partenariats industriels de chaire.
Franck Aggeri, professeur de management au sein du CGS
Contact : [email protected]
Joël Ntsondé, enseignant-chercheur en sciences de gestion à l’ISTEC Business School et chercheur associé au sein du CGS
Riccardo LOSA, chercheur post-doctorant au sein du CGS
Thibault Boucher, doctorant au sein sein du CGS
Les autres partenaires
Agrolandes (Landes) : technopôle d'innovation agroalimentaire et agricole, initié en 2015 par le Conseil départemental. Son GIP réunit collectivités, chambres consulaires, Crédit Agricole et un GIE d'une trentaine d'entreprises. Démarche d'EIT récente (EITNA 2025), appuyée sur une solide expérience de coopération.
BIOTOP (Charente-Maritime) : éco-réseau de 180 acteurs, né en 2010 à Périgny et déployé de La Rochelle à Royan, Ré et Oléron. Il les accompagne sur les déchets, l'énergie, l'eau, les mobilités et la Responsabilité Sociétale des Entreprises. Chaque année : plus de 900 tonnes de déchets valorisés et plus de 740 tonnes de CO₂ évitées.
Coop'actions (Dordogne) : association créée en 2019, porteuse du PTCE la Fab'coop depuis 2021. Elle anime des projets coopératifs (biodéchets, santé mentale, économie circulaire, tiers-lieu) et le réemploi des matériaux du BTP. Lauréate de l’appel à projets de l’EIT en Nouvelle Aquitaine (EITNA).
EET Gravona Corsica (Corse) : association créée en 2020 pour pérenniser une démarche lancée en 2018 par des bénévoles dans la vallée de la Gravona. Elle accompagne 40 adhérents et partenaires sur les synergies, l'écoconception et l'économie de la fonctionnalité, avec le soutien de l'ADEME Corse. Résultats : 137 tonnes de CO₂ évitées.
Article réalisé par Eric Allermoz, journaliste
Image : Fab'COOP Recontre sur l'économie circulaire