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COOPTERR.E
Coopérations territoriales de l’énergie citoyenne
COOPTERR.E regroupe des chercheur.es en économie, science de gestion et aménagement du territoire et deux communautés énergétiques citoyennes d’Ille-et-Vilaine : Energies citoyennes en Pays de Vilaine (EPV) et la Coopérative Citoyenne Rennaise de l’Energie (CIREN). L’une œuvre à l’échelle d’un territoire métropolitain, l’autre à l’échelle rurale. Elles développent des projets de production d’énergie renouvelable, financés par des citoyens et acteurs territoriaux. Le projet vise à analyser les coopérations territoriales actuelles et potentielles de ces communautés énergétiques, ainsi que leur capacité à mettre en place des trajectoires territoriales de transition énergétique dans un souci de justice sociale et environnementale.
Les thèmes de recherche
- Les communautés énergétiques comme innovation sociale. En associant citoyens et acteurs locaux au développement, à la gouvernance et à la redistribution des bénéfices issus de projets d'énergies renouvelables, elles s'opposent au modèle énergétique dominant, défendent une production et une consommation décentralisées.
- La complexité de la gouvernance : les projets associent de plus en plus collectifs citoyens, structures régionales et nationales, collectivités territoriales, développeurs privés, ce qui complexifie leur gouvernance.
- Un modèle de coopérations économiques territoriales de transition (CETT). Elles agissent comme des opérateurs territoriaux de transition, qui font de l'énergie renouvelable une ressource territoriale au service de dynamiques locales de transition énergétique (lutte contre la précarité énergétique, sobriété pratiques collectives d’auto-consommation…), et plus largement de transition socio-écologique qui dépasse le seul enjeu énergétique.
Le point de vue de...
Béatrice Quenault, maîtresse de conférences en économie à l’Université Rennes 2, UMR Espaces et Sociétés.
« Produire une connaissance directement transférable aux acteurs territoriaux et aux décideurs publics »
L’originalité scientifique du projet réside dans l’analyse des communautés énergétiques citoyennes (CEC) comme espaces de coopération, d’intermédiation et de redistribution, capables de contribuer à l’émergence de trajectoires territoriales de transition juste. Notre projet de RAP s’appuie sur deux CEC complémentaires permettant de confronter les pratiques, les dynamiques de coopération et les conditions de leur évolution. Notre démarche articule étroitement production de connaissances scientifiques, co-construction avec les acteurs et expérimentation de solutions concrètes. Elle permettra notamment d’identifier les facteurs favorisant ou, au contraire, limitant la constitution de coopérations territoriales durables et leur passage à l’échelle.
Une attention particulière sera portée aux enjeux de justice énergétique et climatique, ainsi qu’à la capacité des dispositifs expérimentés à associer une diversité d’acteurs et de publics, notamment les personnes en situation de précarité énergétique ou de vulnérabilité sociale.
Les nouvelles connaissances produites porteront ainsi sur les mécanismes sociaux, économiques et territoriaux qui conditionnent la contribution des CEC à une transition socio-écologique juste.
Le projet permettra également d’évaluer les retombées socio-économiques des CEC et de documenter de nouvelles formes de consommation collective et de redistribution territoriale des bénéfices de l’énergie. COOPTERR.E ambitionne de produire une connaissance directement transférable aux acteurs territoriaux et aux décideurs publics, tout en contribuant au renouvellement des cadres d’analyse de la transition énergétique citoyenne.
Lucas Durand, chercheur en géographie et aménagement du territoire au laboratoire Espaces et Sociétés (UMR ESO), membre du consortium COOPTERR.E
« Se projeter autour d’un « commun » énergétique »
Nous sommes ravis d'être lauréats de l'AMI de l'ADEME ! Ce soutien va nous permettre d'approfondir des perspectives bien identifiées dans nos précédents travaux de recherche, à savoir quelles actions les communautés énergétiques peuvent mener pour contribuer au développement et à la transition de leur territoire. Constituées pour produire de l'électricité renouvelable, elles se projettent aujourd'hui au-delà de leur rôle initial, vers une transition socio-écologique plus large, autour d'un « commun » énergétique qui s’inscrit dans l'économie sociale et solidaire.
Pendant deux ans, nous allons mieux qualifier les relations que ces collectifs cherchent à tisser avec les acteurs locaux : porter des projets avec les habitants, mieux redistribuer les bénéfices, consommer autrement et plus sobrement. Pour cela, nous nous appuyons sur la recherche-action participative, mais aussi sur un volet expérimental fort, comme la création d'un jeu sérieux : le « transitiomètre des communautés énergétiques », qui permettra d’évaluer leur degré de coopération territoriale.
Le programme vise également à objectiver les coopérations territoriales de transition (CETT) déjà conduites par les communautés énergétiques partenaires. Ces dernières sont demandeuses de retours sur leur fonctionnement et expériences de coopération pour mieux se projeter dans de futures CETT. Ensuite parce que les politiques publiques, à toutes les échelles, soutiennent ces communautés. Mieux évaluer leurs actions permettra d'orienter autrement ces politiques.
Méthode de recherche-action participative
Un consortium réunissant chercheurs et acteurs de terrain, qui combine des méthodes classiques (entretiens semi-directifs, ateliers territoriaux) et un dispositif participatif original mis en œuvre dans les territoires rennais et redonnais (cartographie diachronique participative des coopérations, ateliers territoriaux autour d'un jeu sérieux, expérimentations menées avec les CETT et leurs partenaires). L'ensemble sera coconstruit entre les partenaires du consortium.
Perspectives de connaissances nouvelles et valorisation
- Élargir le public touché par les actions des communautés énergétiques.
- Mener des expérimentations autour de la consommation d’électricité autour de solutions simples pour optimiser l'utilisation locale de l'électricité, ou encore par des dispositifs alternatifs de consommation collective, dans une logique de sobriété.
- Evaluer l'action des coopérations économiques territoriales de transition (CETT) en produisant une cartographie des acteurs et un référentiel d'évaluation.
- Production d’un jeu sérieux pédagogique pour définir les coopérations territoriales souhaitables
- Formuler des recommandations pour l'action publique afin de soutenir et faciliter ces coopérations territoriales.
- Expérimenter de nouveaux mécanismes financiers, comme des fonds de dotation territoriaux, pour redistribuer les bénéfices de la production vers des actions de transition énergétique et socio-écologique.
En bref
Domaines d’activité économique : énergies renouvelables
Région : Bretagne
Durée du projet : 24 mois
Organisation coordinatrice du projet :
Université de Rennes 2 – UMR Espaces et sociétés.
L'UMR ESO est un laboratoire pluridisciplinaire (géographie, aménagement, sociologie, psychologie, architecture, urbanisme...) qui étudie la dimension spatiale des rapports sociaux et les inégalités. Il s'organise autour de trois axes : les mondes sociaux, les pratiques et représentations de l'espace, et la (re)localisation du politique.
Béatrice Quenault, maîtresse de conférences en économie à l’Université Rennes 2, UMR Espaces et Sociétés. Contact : [email protected]
Pascal Glémain (sciences de gestion-management)
Cyria Emelianoff (urbaniste)
Adèle Sébert (sciences économiques)
Lucas Durand (géographie et aménagement du territoire)
Les autres partenaires
Energies citoyennes en Pays de Vilaine (EPV). Créée en 2003, l'association favorise l'émergence et le développement de projets citoyens de production d’EnR financés et gérés localement par des habitant·es. EPV est à l'origine des premiers parcs éoliens citoyens de France. Son activité inclut aussi la sobriété, mobilités durables, autoconsommation collective.
La Coopérative Citoyenne Rennaise de l’Energie (CIREN). Depuis sa création, la CIREN a installé 17 centrales photovoltaïques produisant plus de 1,17 million de kWh d'électricité locale et renouvelable. Elle compte 5 boucles d'autoconsommation collective en service et a vendu plus de 1 100 panneaux « plug and play » lors d'ateliers d'autoconstruction, qui sensibilisent le public aux énergies renouvelables.
Taranis, réseau régional d’énergie citoyenne. Créé en 2011, Taranis est historiquement le premier réseau régional structuré pour fédérer, accompagner et faciliter l’émergence et le développement de projets citoyens à l’échelle d’une région. Il dispose de moyens d’animation soutenus par la Région et l’ADEME, portés initialement par l’association EPV, puis à partir de 2022, par Breizh ALEC. Le réseau fédère en 2026 une soixantaine d’adhérents (associations, coopératives citoyennes, collectivités, partenaires, etc.) et est rattaché au réseau national Energie Partagée.
Article réalisé par Valérie Lachenaud, journaliste