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Nounouma
Ensemble pour nourrir nos enfants !
L’insularité du territoire réunionnais et sa vulnérabilité face aux aléas climatiques rendent cruciaux le développement d’une agriculture tournée vers la consommation locale et la diversification des cultures, alors qu’actuellement, environ 50% de la surface agricole utile (SAU) est consacrée à la canne à sucre. L’une des réponses réside dans le renforcement des articulations entre les acteurs locaux de l’agriculture et de l’alimentation (producteurs, entreprises, collectivités, association). Celles-ci se jouent en particulier autour de la restauration scolaire, où l’enjeu de promouvoir une alimentation saine et durable, intégrant davantage de fruits et légumes, est particulièrement prégnant. Ansanm nouri nout marmay ! (Ensemble pour nourrir nos enfants, NouNouMa) entend explorer ces questions à travers un projet de recherche-action participative (RAP) et produire des connaissances « actionnables » pour les acteurs. L’objectif est d’analyser les conditions de consolidation, pérennisation et de montée en échelle de ces coopérations économiques territoriales de transition (CETT) et faire progresser les approvisionnements en produits de qualité, issus de l’agriculture locale, dans les restaurants scolaires de l’île de la Réunion. Le projet associe trois chercheurs du CIRAD (UMR MoISA) : Hélène David Benz et Louis Olié, économistes et Juliette Migairou-Leprince, agronome et post-doctorante, ainsi que 3 CETT (le Pôle Territorial de Coopération Économique, PTCE Ospaal, la CETT Plaine-des-Palmistes et la CETT de la Case Rurale à Trois-Bassins).
Les thèmes de recherche
- Analyse des nouveaux modèles économiques reposant sur la coopération mise en œuvre au sein de la CETT du Pôle Territorial de Coopération Economique OSPAAL (notamment un groupement de commande pour la restauration scolaire du primaire, auxquels les 2 autres CETT sont associées) : modalités de fonctionnement et de coordination face aux enjeux du territoire, reconnaissance et rémunération des pratiques vertueuses des agriculteurs au-delà des labels nationaux…
- Analyse des nouveaux modèles d’action publique, autour des questions suivantes : comment la restauration scolaire peut-elle être un levier au déploiement d’actions à visée de transition écologique ? Comment les formes de coopération interagissent-elles avec les mécanismes de gouvernance plus sectoriels, propres au fonctionnement des communes ? Quelles sont les synergies et tensions qui en résultent ?
- Prolongement de travaux d’évaluation déjà initiés par les Programmes d'Alimentation Territoriaux par les communes des CETT, via la démarche SYALINNOV (méthode d’évaluation d’impact de projets alimentaires sur la durabilité des systèmes alimentaires, développée par une équipe de L’Institut Agro Montpellier), en se focalisant sur les impacts à l’échelle des territoires de l’approvisionnement local de la restauration scolaire.
Le point de vue de...
Hélène David Benz, économiste-chercheure au CIRAD, au sein de l’UMR MoISA, coordinatrice du projet
« L’accès à une alimentation de qualité, produite localement est une question cruciale pour l’île de la Réunion »
NouNouMa s’inscrit dans une problématique majeure pour l’Île de la Réunion, du fait de son insularité : la souveraineté alimentaire. Plus des 3/4 de la consommation alimentaire provient de l’importation, et la moitié de l’Hexagone, situé à 9000 kilomètres ! Compte tenu du coût financier et écologique de cet état de fait, la relocalisation de la production est un enjeu vital pour l’île.
S’ajoutent à cela les questions sociales et de santé publique. 36% de la population vit en dessous du seuil de pauvreté alors que les prix des produits alimentaires sont 25 à 30% plus élevés que dans l’Hexagone. Et 47 % de la population est en surcharge pondérale. NouNouMa répond à ces trois enjeux : souveraineté alimentaire, social, équilibre alimentaire.
L’angle que nous avons retenu est le soutien des petits producteurs de fruits et légumes en développant des liens avec la restauration scolaire. Ces filières sont beaucoup moins structurées que la filière d’élevage et elles ont donc plus de difficultés à accéder au marché de la commande publique.
L’enjeu est aussi social, car ces petites exploitations génèrent des emplois. En sécurisant leur production grâce aux commandes des cantines, on crée les conditions de leur maintien, alors qu’elles sont assez fragiles. Par ailleurs, le fait de travailler avec les cantines permet aussi d’aborder la question de l’éducation au goût. L’école est une bonne porte d’entrée pour toucher parents et enfants. Ces dernières années, plusieurs CETT se sont mises en place, créant des passerelles entre ces petites exploitations et la restauration scolaire. L’objet du projet NouNouMa est d’accompagner ces organisations multi-acteurs naissantes, de les documenter et de les outiller pour favoriser leur montée en puissance.
Méthode de recherche-action participative
La première phase du projet est consacrée à des entretiens et des ateliers d’intelligence collective, pour affiner les problématiques de recherche. Une fois celles-ci identifiées, les différents partenaires co-élaboreront des méthodes de recherche-action participative pour accompagner les dynamiques en cours et produire des connaissances actionnables et scientifiques.
Perspectives de connaissances nouvelles et valorisation
NouNouma entend produire des connaissances nouvelles et hybrides, à la fois scientifiques et opérationnelles, pour comprendre, évaluer et amplifier les dynamiques de coopération en faveur de l’approvisionnement local de la restauration scolaire. Les chercheurs élaboreront notamment des documents techniques pour renforcer la coordination et la coopération entre fournisseurs et acheteurs. Ils produiront un cadre d’évaluation des systèmes alimentaires pour les acteurs locaux, incluant des indicateurs adaptés aux réalités locales et à la restauration scolaire.
Un atelier de restitution publique est prévu pour partager les expérimentations auprès d’autres acteurs réunionnais intéressés.
En bref
Domaines d’activité économique : alimentation
Région : Île de la Réunion
Durée du projet : 24 mois
Coordinateur du projet :
CIRAD
Hélène David Benz (économiste), Louis Olié (économiste), Juliette Migairou-Leprince (post-doctorante).
Contacts : [email protected], [email protected]
Les autres partenaires
La CETT du PTCE Ospaal
Coordonnée par l’association JADES, cette CETT actionne deux leviers : la mutualisation de la commande publique et la structuration de l’offre locale. Elle associe un premier cercle de 14 communes, qui s’unissent pour rédiger des appels d’offre en commun. Parallèlement, une coopérative d’intérêt collectif constituée de producteurs et de collectivités, adapte l’offre locale aux marchés publics, organise la logistique et la transformation des produits.
La CETT de la Plaine-des-Palmistes
Portée par la commune de La-Plaine-des-Palmistes, la CETT poursuit trois objectifs : constituer un pôle de transformation et de conservation dans le cadre d’un Projet Alimentaire Territorial ; faciliter l’installation des producteurs en mobilisant des friches agricoles privées via des commodats (système légal de prêt gratuit) ; et créer des emplois via le dispositif Territoire Zéro Chômeurs Longue Durée. L’objectif commun est d’approvisionner durablement la restauration scolaire.
La CETT de la Case-rurale
Portée par la commune de Trois-Bassins, celle-ci travaille à la création de La Case Rurale, un tiers lieu nourricier, qui a pour objectif l’accompagnement de l’innovation territoriale, la formation des cuisiniers de la restauration scolaire et commerciale et le soutien à l’installation des agriculteurs et aux structures d’insertion.
Article réalisé par Valérie Lachenaud, journaliste
Image : Une cantine scolaire de Saint-Benoît