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SYMBIOSE

Systèmes multi-acteurs de bioéconomie territoriale et services écosystémiques
Forêt vosgienne

SYMBIOSE a choisi pour terrain d’étude les filières bois et matériaux biosourcés et la bioéconomie territoriale dans le Grand Est. Il s’intéresse en particulier à la manière dont des ressources territoriales (bois local, feuillus sous-valorisés, biomasse végétale, bois de réemploi, services écosystémiques, savoir-faire et capacités d’intermédiation) peuvent devenir le support d’une valeur collective économique, sociale et écologique. Il projette d’éclairer les effets produits par les coopérations économiques territoriales de transition (CETT), mais aussi les mécanismes qui les rendent possibles : mutualisation, gouvernance collective, accès aux marchés, intermédiation, reconnaissance des externalités écologiques, gestion des conflits d’usage, bénéfices attendus et apportés de la participation à ces coopérations, coûts et consentement à participer, construction de communs productifs et articulation aux politiques publiques.

Les thèmes de recherche

  • Analyse des modèles économiques des CETT : caractérisation des configurations économiques observées, identification des sources de valeur (production, mutualisation, externalités), articulation entre modèles économiques individuels et dynamiques collectives
  • Analyse des formes de gouvernance et des modalités d’action publique : étude des dispositifs d’intermédiation, des relations entre acteurs publics et privés, et des conditions d’intégration des CETT dans les politiques territoriales
  • Développement d’approches d’évaluation adaptées aux CETT : élaboration de cadres d’analyse et d’indicateurs permettant d’appréhender les effets économiques, écologiques et sociaux des coopérations
     

Le point de vue de...

Mathieu Ruillet, coordinateur du projet, Des Hommes et des Arbres

« Les pratiques de coopération sont un facteur clef de résilience »

Mathieu Ruillet Des hommes et des arbres

La filière bois est un terrain d’observation pertinent car elle est directement impactée par le dérèglement climatique.  Depuis huit ans, par exemple, les forêts du Grand Est sont fortement impactées par les scolytes, des insectes ravageurs qui provoquent d’importants dégâts sur les populations d’épicéas. Le réchauffement climatique a un double effet négatif. Non seulement il favorise la prolifération de ces insectes, mais en raison du stress hydrique, les arbres résistent moins bien à leurs attaques.
Ce type d’aléa se multiplie et déstabilise la filière, car il génère des récoltes non anticipées : les arbres malades doivent être abattus mais les scieries industrielles ne sont pas dimensionnées pour accueillir ces arbres. Elles ont l’habitude de travailler en pré-commande et de transformer des arbres d’essence et de diamètre homogènes. Or ces arbres n’ont pas le même degré de maturité, et arrivent sur le marché par à-coups et avec des volumes non prévisibles. La matière première évolue et la filière doit s’adapter à cette nouvelle donne. 

Le projet Symbiose, qui s’appuie sur 5 CETT, reflète bien cette transformation de la filière bois, avec des démonstrateurs comme La manufacture du Châtaignier. Celle-ci a développé un outil qui, à rebours de l’industrie conventionnelle, s’adapte à la spécificité des arbres, grâce à la numérisation 3D et à la fabrication robotisée : l’arbre dicte la forme finale et le diamètre n’est plus un souci. Cet outil est un exemple d’une coopération bien menée entre acteurs, puisqu’il résulte du rapprochement entre un roboticien, un bûcheron, un géographe.
Ces pratiques de coopération sont à l’évidence un facteur clef de résilience. Meriem Fournier, présidente des Hommes et des Arbres et directrice de recherche en sciences forestières, est souvent interpellée par des forestiers qui lui demandent quelles espèces planter aujourd’hui, dans le contexte du réchauffement. Sa réponse, en substance, est la suivante : « la science n’a pas de réponse magique a cette question. Multipliez les expérimentations, partagez entre vous les résultats. Face à l’incertitude, il n’y a pas d’autre solution que d’expérimenter, de diversifier les pratiques et de progresser collectivement 
 

Méthode de recherche-action participative

Calé sur la méthode de recherche-action participative, le projet SYMBIOSE vise la co-production de questions de recherche et de connaissances utiles à l’action par des chercheurs, des structures d’intermédiation (Des Hommes et des Arbres et La Vigotte Lab) et des CETT. Il articule production de connaissances, accompagnement des collectifs et capitalisation opérationnelle (cartographies des coopérations, enquêtes qualitatives, ateliers de co-analyse inter-CETT, co-construction d’indicateurs…). 

Perspectives de connaissances nouvelles et valorisation

Sur le plan scientifique, les travaux vont documenter : 

  • Les modèles économiques des CETT, en particulier l’articulation entre activités productives, mutualisation et externalités
  • Les formes de gouvernance, les dispositifs d’intermédiation mobilisés, et les facteurs de pérennité de la participation des acteurs aux démarches coopératives
  • Les modalités d’intégration des CETT dans les politiques publiques
  • Les conditions d’émergence, de structuration, de transformation et de réplication de ces coopérations. 

    Sur le plan opérationnel, les travaux donneront lieu à la production de ressources mobilisables par les acteurs des CETT et les acteurs publics, notamment : 
  • des analyses comparatives entre CETT
  • des retours d’expérience documentés
  • des méthodes pour l’analyse des coopérations et des modèles économiques
  • des propositions relatives à l’action publique
     

En bref

Domaines d’activité économique : forêt- bois

Région : Grand Est

Durée du projet : 24 mois

Organisations coordinatrices du projet 

Le consortium est structuré autour de deux structures d’intermédiation, Des Hommes et des Arbres et La Vigotte Lab. 

Il est coordonné par Mathieu Ruillet (Des Hommes et des Arbres) et Antoine Daval (La Vigotte Lab). 

Contacts : [email protected], [email protected].

Les autres partenaires

Université de Lorraine

Le projet mobilise cinq chercheurs de l’université de Lorraine issus de disciplines complémentaires (sciences de gestion, sciences économiques, géosciences, géographie et aménagement, ingénierie de l’innovation) : Anne Carbonel, Marie-Pierre Dussine, Yann Gunzburger, Morgane Flégeau, Laurent Dupont.

Coopérations économiques territoriales de transitions (CETT)

Le projet est construit autour de cinq coopérations économiques territoriales de transition qui présentent des configurations complémentaires : structuration de filière, commun productif territorialisé, parc machine mutualisé, expérimentation bioéconomique, gestion concertée de la ressource, espaces ruraux, périurbains. Cette diversité permet de comparer différents stades de développement, de l’émergence à la réplication dans différents contextes.

Fibres locales et écologiques pour la construction : coopération multi-acteurs visant la production et la valorisation de biomasse végétale locale pour la rénovation du bâtiment.


Manufacture du Châtaignier : dispositif productif territorialisé structurant une chaîne de valeur forêt-bois locale et le développement de projets en bois local.


Vivre le bois local en Val d’Argent : coopération territoriale orientée vers la structuration d’une filière bois locale, le développement de projets en bois local et la valorisation des services rendus par les forêts.


Hôtel Innovation Bois-Épinal : atelier productif mutualisé, accompagnement entrepreneurial et développement d’activités autour du bois, incluant une phase en développement sur le réemploi.


L’Octroi, Nancy : tiers-lieu productif associant accompagnement entrepreneurial, mutualisation d’espaces et d’équipements, développement d’activités en lien avec la culture et la création, l’économie sociale et solidaire et l’économie circulaire
 

Article réalisé par Eric Allermoz, journaliste

Image : José Fyot, Pixabay

 


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