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TrICoo
Les transitions par l’ingénierie de la coopération, la dynamique tiers-lieux au service du développement territorial
Dans un contexte de ressources humaines et financières limitées, le besoin de mutualisation et de déploiement d’une ingénierie de la coopération adaptée est important pour les coopérations économiques territoriales de transition (CETT). Le projet TrICoo, coordonné par l’APESA, entend réinvestir le champ ré-émergent de l’analyse méso économique en s’appuyant sur les logiques évaluatives, tout en proposant un cadre d’analyse socio-politique des relations entre les acteurs constitutifs des CETT. Sur le plan opérationnel, il vise la co-construction d’une méthode d’ingénierie selon une démarche de recherche-action participative (RAP), à partir d’une analyse scientifique partagée des enjeux et problématiques locales. Les outils produits ont pour vocation d’être opérationnels pour les tiers-lieux ou dynamiques associées et transférables aux autres modèles de CETT.
Les thèmes de recherche
- Politisation des dynamiques de tiers-lieux et du cadre de la coopération au sein des CETT : nouvelles formes d’action publique et de gouvernance collective
- Les approches évaluatives appliquées à la coopération dans le cadre de projets de transition : évaluation de la capacité à mobiliser les ressources territoriales – matérielles, humaines et naturelles – pour générer une valeur plurielle, économique, sociale et écologique ; modélisation de la viabilité financière de l’ingénierie de coopération.
- L’identification et la structuration des CETT comme espaces méso économiques : conditions qui favorisent la stabilité, la résilience et l’efficacité des coopérations territoriales face aux conflits de valeurs ou aux crises externes.
Le point de vue de...
Sandrine Brèteau Amores, chargée de projets de recherche Économie de l’environnement et du risque à l’APESA
« Le manque d’outils fragilise les Tiers-Lieux »
Pourquoi s’intéresser aux Tiers-Lieux, ou dynamiques apparentées ? Ils nous ont semblé des «candidats» intéressants pour initier et maintenir des coopérations économiques territoriales de transition. Aujourd’hui, une partie d’entre eux, ancrés sur leur territoire depuis parfois une dizaine d’années, souhaitent élargir leur cadre d’action. Mais cette dynamique est freinée par le manque de ressources et d’outils.
Les défis à relever sont nombreux. Leur action s’inscrit sur le temps long, mais ils doivent l’articuler avec la temporalité courte des mandats politiques. Les sujets qu’ils traitent sont parfois conflictuels : tout le monde n’a pas la même conception de ce que doit être la transition.
Face à ce contexte, ils manquent cruellement d’outils. Les bénéfices de leur action restent en grande partie invisibles, faute d’indicateurs adéquats. Notamment parce que les cadres comptables habituels sont généralement conçus pour des organisations isolées et non pas pour des collectifs. On manque d’instruments d’évaluation et de mesure des bénéfices directs et indirects des synergies créées au sein d’un écosystème.
Tout ceci a des conséquences : vulnérabilité des tiers-lieux face aux changements de mandat, dépendance financière au public, difficultés à mettre en lumière la valeur et les bénéfices de leurs actions, épuisement des équipes. Le travail d’animation, de médiation et de création de lien n’étant pas toujours comptabilisé, il n’est pas rétribué. S’ajoutent à cela le risque de pilotage « à l’aveugle » des structures, mais aussi de dérive : pour rentrer dans les « cases » des financeurs, on se soumet au joug des indicateurs marchands, parfois au détriment de l’objectif de transition.
Notre projet cherche justement à combler cette lacune, en développant une ingénierie de la coopération et en donnant aux acteurs des outils qui révèlent la valeur plurielle de ces écosystèmes et notamment l’ensemble des dépenses économisées grâce aux bénéfices en matière de lien social, d’environnement, d’aménagement. L’un des outils, par exemple, sera un «guide de santé des alliances». Il s’agira d’un outil d’autodiagnostic, basé sur des méthodes et une littérature scientifique existantes, qui permettra d'évaluer la stabilité du collectif, la solidité des liens de confiance, le risque d’épuisement et les zones de fragilité dans ces relations.
Méthode de recherche-action participative
Le consortium s’appuiera sur les travaux « sciences citoyennes et participatives » (APESA, en cours de publication) partagés à la communauté COOP’ÉCO en juin 2025. L’APESA anime le projet, chacun des partenaires jouant un rôle actif dans chacun de ses lots.
Perspectives de connaissances nouvelles et valorisation
D’un point de vue opérationnel, l'apport principal du projet est d'appuyer les acteurs de la transition grâce à des outils concrets d’évaluation de la santé de leur écosystème et de l'évaluation des effets de la coopération.
En bref
Domaines d’activité économique : domaines d'activités divers
Région : Nouvelle Aquitaine
Durée du projet : 24 mois
Organisation coordinatrice du projet
APESA
L’APESA est un Centre de ressources technologiques (CRT), au service des transitions. Elle mobilise depuis plus de 30 ans la recherche, le conseil et la formation et accompagne les organisations dans leurs transitions environnementales et économiques.
TrICoo associe 5 chercheurs : Romain Carrausse, géographe, Sandrine Brèteau-Amores, économiste de l’environnement et du risque, Benoit Aublet, géographe, Romain Allais, chargé de projets recherche et Aude Pottier, géographe.
Les autres partenaires
La Coopérative Tiers-Lieux
Créée en 2013, la Coopérative Tiers-Lieux a pour vocation d’accompagner, de soutenir et consolider les Tiers-Lieux, de faciliter les coopérations, porter une vision politique partagée des Tiers-Lieux et de coordonner le réseau régional des Tiers-Lieux.
La Smalah
Installée depuis 2015 dans le territoire du Born, La Smalah agit à différents niveaux sur ce territoire, dans les domaines de l’accompagnement social, l’inclusion, la transition agricole et alimentaire, la fracture numérique, l’accès à l’emploi et à la formation, l’usage critique des outils numériques et agricoles : actions en rapport direct avec des usagers, mise en réseau et rôle de catalyseur de projets.
Mouvement d’Alliance Vivance
Lancée en 2024, la CETT intervient de manière transversale à l’échelle du Grand Libournais sur des thématiques comme l’alimentation et l’agriculture (transition viti-vinicole, résilience alimentaire territoriale, évolution des pratiques agricoles), l’habitat et la mobilité, les ressources, déchets et l’économie circulaire, les modèles économiques et financiers, les coopérations économiques, la transformation des entreprises, l’attractivité et le récit territorial.
La Vieille École
Créée en 2022, la Vieille École est un Tiers-Lieu citoyen, solidaire et hospitalier, co-financé par la Région Nouvelle-Aquitaine et l’Europe, centré sur la transition écologique et le partage.
Article réalisé par Valérie Lachenaud, journaliste