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Contexte et enjeux

Le projet Sybio s’inscrit dans un contexte de prolifération des algues vertes en Bretagne depuis les années 1970, due à l’eutrophisation par azote et phosphore fluviaux, générant des coûts élevés pour les collectivités, dégradant l’image touristique et menaçant la biodiversité marine. Nationalement, le Plan de lutte contre les algues vertes (2009-2027) coordonné par l’État et la Région Bretagne promeut des valorisations innovantes de cette biomasse, d’où l’idée de la transformer en biochar. Actuellement, l’épandage direct des algues est la solution la plus commune, mais elle est contraint logistiquement (apport au champ dans les 48 h pour éviter la production de gaz H2S), mais aussi socialement, car c’est l’état qui a la charge de cette gestion des algues.
La problématique de ce projet vise à transformer ces algues en biochar valorisable agronomiquement. Il consiste à transformer les algues via pyrolyse en un produit riche en carbone, stable sur le très long terme. Plusieurs verrous existent à cette transformation : contraintes économiques liées aux coûts de séchage/transport, des défis techniques (gestion de l’eau, des sels et du sable) et scientifiques (persistance du carbone dans les sols, biodiversité sol, éventuelles pollutions), et sociaux (éventuelle résistance des acteurs sur le territoire).
Dans la littérature scientifique, le biochar semble être un produit qui correspond aux besoins des agriculteurs : une source de matière organique persistante permettant de retenir eau et nutriments, une CEC importante, des rendements en hausse, et une montée de pH des sols. Le biochar peut être caractérisé par des certificats comme le « European Biochar Certificate » qui assurent sa qualité. 

Objectifs

Le projet SyBio vise à valoriser les algues vertes bretonnes par production de biochar, pour séquestrer le carbone atmosphérique sur des siècles tout en améliorant la fertilité des sols limoneux locaux. Ses objectifs scientifiques incluent l'évaluation des opportunités et risques via une méthodologie SWOT, la formulation de différents biochars certifiables adaptés au contexte breton, et une analyse holistique des flux C/N/eau/biodiversité à l'échelle sol-plante via écotrons. Enfin, nous proposerons une synthèse de ces données par une ACV comparative gestion actuelle des algues / biochar.

Dans le contexte des proliférations algales (52 000 t/an ramassées, pandage actuel potentiellement problématique sur la qualité des sols), l'innovation réside dans les « systèmes biochar sur mesure » : persistance C pyrogenique (700-1000 ans vs 50 ans MO), effets agronomiques (+10% rendements), certification EBC pionnière en France, et transition éco-circulaire transitoire jusqu'à l’éradication des algues vertes sur les côtes. Contrairement aux transformations des algues aujourd’hui très coûteux, ce projet se propose d’intégrer les contraintes locales (saisonnalité de production des algues, taux de sables), testées en écotrons IdF/Montpellier pour proposer des bilans biogéochimiques et agronomiques précis.

Déroulement

Le projet SyBio vise à transformer les algues vertes bretonnes en biochar afin de séquestrer le carbone et valoriser cette ressource issue d’une pollution diffuse. Structuré en quatre lots complémentaires sur trois ans, il couvre l’ensemble de la chaîne, de la production à l’évaluation territoriale.

Lot 1 – Production de biochar. L’analyse des archives et l’identification des contraintes techniques guideront la définition des procédés. Des entretiens SWOT (agriculteurs, collectivités) préciseront les enjeux territoriaux. Plusieurs biochars seront produits à partir d’algues soumises à différentes pyrolyses (350–750 °C, pyrolyseur de laboratoire et mobiles) et pré traitements (lavage, séchage). Des mélanges avec compost seront testés et les biochars certifiés selon le référentiel EBC (analyses C, métaux, HAP, dioxines).

Lot 2 – Évaluation sol plante. Des essais en colonnes et macrocosmes compareront le biochar, l’épandage d’algues brutes, compost et un témoin sans apport. Les bilans C/N, flux CH₄/N₂O, dynamique de l’eau et indicateurs de biodiversité seront mesurés sur trois types de sols (limoneux, argilo calcaire, sableux) avec une culture de blé, appuyée par un modèle de culture.

Lot 3 – Échelle territoriale. Une ACV comparera les filières biochar et épandage, conduisant à des scénarios locaux de valorisation et à un site pilote d’implantation.

Lot 4 – Coordination et diffusion. Le lot final assurera la cohérence scientifique, la production de rapports et publications, ainsi que des actions de science participative.
 

Résultats attendus : Innovation, économique, sociaux et environnement

Le projet vise à évaluer si une filière biochar issue des algues vertes permet à la fois une séquestration durable du carbone, une amélioration mesurable de la fertilité des sols et une réduction des impacts locaux (H₂S, eutrophisation, coûts de gestion). Les bénéfices socio-économiques attendus portent sur la baisse des coûts de traitement pour les collectivités, la création d’une filière locale de valorisation et un levier d’adaptation des systèmes agricoles. Sur le plan réglementaire, le projet doit  contribuer à la normalisation nationale et appuyer les politiques de lutte contre les marées vertes.

Applications et valorisations

Le projet sera principalement valorisé par des publications scientifiques et techniques, ainsi que des présentations dans différents cadres, comme par exemple récemment devant l’académie d’agriculture. Des retours spécifiques seront faits auprès des partenaires sur le territoire, avec une discussion sur les potentiels de cette technique sur le terrain.

Coordinateur et partenaires

Détails du projet (dates, durée, montants)

  • Début de projet : Janvier 2024
  • Durée : 36 mois  

Montant total du projet : 500,9 k€

Montant de l’aide ADEME : 249,0 k€

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