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« Avec cet AMI, COOP'ÉCO passe un nouveau cap »
L’ADEME lance un Appel à Manifestation d’Intérêt (AMI) en recherche-action participative consacré aux Coopérations Économiques Territoriales de Transition (CETT). L’objectif ? Favoriser la collaboration entre chercheurs et acteurs locaux pour produire des connaissances scientifiques solides et concrètes sur le territoire. Cette initiative marque un jalon stratégique du programme COOP’ÉCO. Nadine Levratto, directrice de recherche au CNRS et présidente du comité scientifique de COOP’ÉCO, et Fabrizio Botta, chef du service Recherche à l’ADEME, en détaillent la philosophie, les attentes et les modalités.
Accès à l'AMINadine Levratto
Directrice au CNRS et Présidente du comité scientifique du programme COOP'ÉCO
Fabrizio Botta
Chef du Service Recherche à l'ADEME
Que cherche concrètement à produire et à transformer cet AMI ?
Nadine Levratto : Il vise à élaborer des connaissances scientifiques et opérationnelles sur le potentiel de transformation systémique porté par les Coopérations Économiques Territoriales de Transition (CETT). Cela implique d’en analyser les effets, mais aussi d’identifier les limites, les conditions de déploiement et de pérennisation. Pour cela, il s’appuie sur des projets de recherche-action participative (RAP) ancrés dans des initiatives concrètes, déjà structurées ou en phase d’émergence, afin d’assurer une analyse au plus près des réalités de terrain.
Les projets retenus devront s’inscrire dans l’un des trois axes structurants du programme COOP’ÉCO : quels modèles économiques sont compatibles avec les limites écologiques ? Quelles formes d’action publique peuvent soutenir ces modèles et accompagner les dynamiques de transition ? Comment évaluer et qualifier les transformations à l’œuvre afin d’en mesurer les effets et la portée ?
Fabrizio Botta : Au-delà de la production de connaissances, l’AMI a pour objectif de construire un cadre théorique et méthodologique partagé, capable de déboucher sur des résultats directement mobilisables dans les territoires : pratiques, outils d’analyse et indicateurs d’évaluation à destination des acteurs territoriaux. Dans cette perspective, il entend accompagner l’évolution des modes de production et de consommation tout en restant ouvert aux hypothèses émergentes et aux enseignements inattendus susceptibles d’enrichir les travaux.
Que représente cet AMI dans la trajectoire du programme COOP’ÉCO ?
Fabrizio Botta : Il marque l’aboutissement d’une première année de dialogue avec les acteurs impliqués sur le sujet des CETT. 2025 a permis de structurer le programme autour d’enjeux faisant sens pour chacun et synthétisés dans un état de l’art. Avec le financement de projets de recherche véritablement adossés à ces enjeux, le programme entre dans une nouvelle étape, plus opérationnelle, tournée vers la mise en œuvre de projets de recherche-action ancrés dans les territoires.
Nadine Levratto : l’AMI constitue à la fois un levier pour produire de nouvelles connaissances et un signal adressé aux acteurs territoriaux. Il traduit la volonté de l’ADEME de soutenir l’expérimentation et le changement d’échelle des coopérations économiques locales, malgré la complexité et la multidimensionnalité qui caractérisent ces dynamiques.
« L’AMI a vocation à structurer une véritable communauté de recherche et d’action autour des coopérations économiques territoriales de transition »
A qui s’adresse-t-il et quels acteurs souhaite-t-il mobiliser ?
Nadine Levratto : L’AMI a vocation à structurer une véritable communauté de recherche et d’action autour des coopérations économiques territoriales. Il s’adresse à la fois à la sphère académique — chercheurs issus de disciplines variées s’intéressant aux CETT —, aux centres de transfert et à un large éventail d’acteurs socio-économiques et institutionnels : associations, entreprises, structures de l’ESS, collectifs citoyens, organisations professionnelles et syndicales, collectivités territoriales ou encore agences publiques. L’enjeu est d’articuler ces deux sphères afin de favoriser une hybridation des savoirs et des pratiques.
Fabrizio Botta : La coopération entre chercheurs et acteurs de terrain est indispensable pour produire des analyses ancrées dans les réalités locales et débouchant sur des propositions opérationnelles. Les équipes candidates ne sont pas tenues d’avoir déjà travaillé ensemble.
Ce qui est attendu, ce sont des convergences d’intérêt autour des thématiques du programme et une réelle capacité à co-construire les travaux de recherche et d’expérimentation, sur le territoire national et également en zone transfrontalière.
Quels seront les principaux critères de sélection des projets ?
Nadine Levratto : Les critères classiques restent essentiels : la pertinence des questions par rapport aux trois axes du programme COOP’ÉCO, la rigueur méthodologique, la crédibilité des équipes et la capacité à articuler chercheurs, acteurs socio-économiques et collectivités locales.
Mais au-delà de ces fondamentaux, il est tout aussi crucial de s’intéresser aux questions encore non posées : qu’avons-nous oublié d’anticiper ? Quelles problématiques inédites peuvent émerger sur un territoire donné ? L’objectif est de repousser les frontières des connaissances et d’encourager l’innovation. Nous espérons susciter un fort intérêt.
« L’accès à la communauté COOP’ÉCO favorisera les échanges, la collaboration et le partage de bonnes pratiques entre chercheurs et acteurs de terrain »
Comment les projets sélectionnés seront-ils accompagnés tout au long de leur mise en œuvre ?
Fabrizio Botta : Les lauréats bénéficieront d’un accompagnement lors de la mise en œuvre des projets.. Ils seront suivis méthodologiquement par des experts et soutenus par les comités scientifique et opérationnel du programme. L’accès à la communauté COOP’ÉCO favorisera les échanges, la collaboration et le partage de bonnes pratiques entre chercheurs et acteurs de terrain.
L’ADEME organisera également des temps d’animation collective ainsi que des rencontres régulières, afin de garantir la progression des équipes et la fluidité des interactions scientifiques et opérationnelles.
Au-delà du financement, le rôle de l’ADEME est de structurer et renforcer la communauté de chercheurs, d’acteurs publics et socio-économiques autour des CETT, pour que les résultats des projets soient capitalisés et contribuent à une transformation durable, dont l’impact dépasse la durée des projets lauréats.
Comment les résultats des projets seront-ils diffusés après ces deux ans de travail ?
Nadine Levratto : La diffusion des résultats sera multiforme, en cohérence avec la nature hybride des acteurs qui seront mobilisés avec les projets lauréats. Elle passera par des publications scientifiques, des rencontres et échanges entre chercheurs et acteurs, ainsi que par des expérimentations concrètes sur le terrain.
L’objectif est de croiser les retours d’expérience des initiatives locales avec les nouvelles connaissances produites, afin de les rendre accessibles aux décideurs et acteurs publics et de nourrir directement l’action sur les territoires.
« Sur le terrain, les initiatives locales génèrent une triple valeur — économique, écologique et sociale — mais rencontrent souvent des difficultés lorsqu’il s’agit de changer d’échelle »
Pourquoi cet AMI est-il particulièrement pertinent aujourd’hui pour soutenir les Coopérations Économiques Territoriales de Transition (CETT) ?
Nadine Levratto : Nous traversons un moment charnière. D’un côté, les ambitions écologiques subissent des reculs, dans un contexte international instable et face à des visions qui perçoivent l’écologie comme une contrainte. De l’autre, le modèle économique dominant — fondé sur la croissance, le productivisme et la dépendance aux énergies fossiles — montre ses limites.
Nous sommes en phase de transition vers de nouveaux modèles : économie circulaire, sobriété, relocalisation, nouvelles formes de travail, usages numériques. La société ne demande plus de simples ajustements, mais des transformations profondes, alors que le cadre économique et politique reste incertain. Dans ce contexte, la coopération entre acteurs sur un territoire, et entre territoires, devient indispensable pour des politiques publiques efficaces et territorialisées. Comprendre pourquoi une coopération fonctionne dans un territoire et pas dans un voisin est complexe.
Fabrizio Botta : Nous croyons fortement au potentiel des CETT. Sur le terrain, les initiatives locales génèrent une triple valeur — économique, écologique et sociale — mais rencontrent souvent des difficultés lorsqu’il s’agit de changer d’échelle.
Le programme COOP’ÉCO élargit la notion de coopération en incluant des approches plurielles comme l’économie circulaire, l’économie de la fonctionnalité et de la coopération, l’écologie industrielle et territoriale, l’économie sociale et solidaire. L’un des traits distinctifs de COOP’ECO est de considérer, dès le départ, la recherche et l’action territoriale comme deux piliers indissociables, en articulant connaissances scientifiques et savoirs empiriques pour produire des solutions ancrées dans les réalités locales.