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PTCE NOLA : 40 ans de coopération au service du territoire
Dans les années 80, face à la montée du chômage, des associations du nord-ouest de la Loire Atlantique se donnent pour mission d’aider les chômeurs à retrouver un emploi. Elles mettent leurs ressources en commun et progressivement, bâtissent tout un écosystème de coopération autour de deux filières : le réemploi et l’économie circulaire, l’alimentation et l’agroécologie.
Histoire de l'écosystème territorial
En quarante ans, le PTCE NOLA a fait du chemin. Pour remonter à ses racines, il faut se replonger dans le contexte des années 80 dans le nord-ouest de la Loire Atlantique, qui fait face à une montée du chômage. « Deux associations se donnent pour but d’aider les chômeurs à retrouver un emploi et franchissent une nouvelle étape en 1991 en créant, avec le soutien de la mairie de Pontchâteau, l’association REAGIS. Déjà, c’était l’esprit de la coopération : unissons-nous, on ira plus loin », rappelle Jean-Pierre Caillon, directeur de l’association d’insertion de 1991 à 2025, et membre fondateur du PTCE NOLA.
Laurent Fraisse, sociologue, Noémie Mouret, actuelle co-directrice de la Coop IDEAL, qui anime le PTCE NOLA, et à sa droite Jean-Pierre Caillon, l’un des fondateurs.
Des pratiques de coopération ancrées dans l’histoire du territoire
Coopération… Le mot a tout une histoire dans les Pays de la Loire. Il puise ses racines dans le monde ouvrier et paysan, comme le rappelle Jean-Pierre Caillon, avec des figures emblématiques comme le député Bernard Lambert, formé à la Jeunesse Agricole Chrétienne et pionnier du syndicalisme agricole ou Pierre Bourges, ancien maire de Redon, qui soutient la création en 1984 la première association intermédiaire de France, l’AIDE (Accompagnement et insertion Durable dans l’Emploi).
En 1994, nouvelle étape décisive pour le futur PTCE NOLA, la coopérative IDEAL voit le jour. L’objectif est de consolider les différentes structures existantes, de mutualiser les moyens humains et financiers pour déployer des projets encore plus ambitieux au service des besoins de la population. 20 ans plus tard, la Coop Ideal, reste le pivot de la coopération et, depuis la reconnaissance du PTCE NOLA en 2014 dans le sillage de la loi sur l’ESS, elle est celle qui abrite et anime la dynamique du pôle.
Le modèle d’IDEAL s’articule autour de trois fonctions : l’animation du PTCE NOLA, mais aussi le développement de services mutualisés à ses sociétaires (paie, gestion, secrétariat, transport, locaux partagés, etc.) et la formation, pour accompagner les associations et entreprises du territoire dans leurs projets de formation pour leurs bénéficiaires et salariés. Grâce à ces trois piliers, IDEAL cultive une multitude de liens avec et entre les sociétaires et la solidarité entre les structures.
Le recours à l’épargne solidaire
40 ans après les débuts, son champ d’action s’est élargi : IDEAL accompagne des structures qui œuvrent aussi bien dans le domaine de la solidarité internationale (ONG), la culture et le sport, l’agroécologie alimentation, le réemploi recyclage, l’insertion par l’activité économique, le social et le handicap, la filière bois. Elle s’est également lancée dans l’épargne solidaire. Grâce à son statut de Société Anonyme Coopérative, IDEAL a en effet la possibilité d’en collecter.
Dès 2005, elle utilise ce modèle pour soutenir des projets locaux : les habitants placent leur argent dans des projets qui bénéficient directement à leur communauté, finançant des initiatives qui créent de l’emploi et protègent l’environnement. C’est ainsi qu’en 2023, par exemple, 15 000 € sont collectés pour soutenir une initiative de réemploi solidaire, la Recyclerie Nord Atlantique.
La puissance d’un écosystème
Aujourd’hui, le PTCE couvre un quart du département de la Loire Atlantique, implique 40 acteurs et représente 500 emplois. Il rassemble une grande diversité d’acteurs locaux : coopératives agréés ESUS, entreprises sociales apprenantes et associations d’insertion par l’activité économique, ONG, associations spécialisées dans l’agroécologie, un réseau de recycleries, des collectivités locales, un laboratoire de recherche, des citoyens engagés. « NOLA est notamment intéressant parce qu’il réunit deux approches, la coopération à l’intérieur d’une même filière et l’animation d’un territoire. Il est très complet », note Chloé Durey, directrice de la Chambre régionale de l’économie sociale et solidaire des Pays de la Loire (CRESS PDL). Un profil assez rare, selon elle. « Aujourd’hui, la tendance serait plutôt à l’émergence de PTCE dédiés à des filières, peut-être car les retombées économiques sont plus rapides et que les acteurs de l’ESS ont désormais appris à travailler avec les acteurs hors ESS ».
NOLA, c’est aussi trois lieux « ressources », qui servent de berceau aux projets de coopération : Moutonnière, à Prinquiau et La Ferme de l’Abbatiale, à Saint Gildas des Bois et le Point du Jour à Savenay. La première abrite IDEAL et tous les services mutualisés. La seconde accueille des salariés en parcours d’insertion professionnelle sur 14 hectares de maraîchage bio et un atelier menuiserie. Le troisième un centre de valorisation et une boutique solidaire dédiée au réemploi et la confection de paniers bio en insertion professionnelle.
Un lieu de tissage de coopérations autour de l’agroécologie
Celle-ci est devenue un lieu de tissage des coopérations autour de l’agroécologie et de diffusion des pratiques durables. En vingt ans (de 2005 à 2025), elle est ainsi passée d’un espace de production agricole et d’insertion sociale (exploité par ACCES-REAGIS sur le terrain des Sœurs de Saint Gildas) à un collectif d’acteurs qui œuvrent pour une système alimentaire durable de la terre à l’assiette.
Parmi les étapes décisives, elle voit naitre en 2007 le groupement de producteurs Paniekitable (parmi lesquels ACCES-REAGIS en maraichage et d’autres producteurs locaux de produits laitiers, viandes, œufs, miel …), puis s’associe avec le groupement Ligérien Bio Loire Océan pour la confection et la livraison de paniers bio dans le département. La Ferme fournit alors en fruits et légumes un réseau de consommateurs locaux.
En 2016 c’est le tournant agroécologique : ACCES-REAGIS s’associe avec Terre et Humanisme pour créer une association de formation à l’agroécologie (CADO) qui accueille plus d’une trentaine de stagiaires par an jusqu’en 2024. En 2017 elle obtient la labellisation Bio et renforce le travail pour l’amélioration de ses sols : de bons légumes nécessitent une bonne terre…
Pour prendre soin de ses sols elle accueille de nouvelles expérimentations portées par de jeunes agronomes (« les litières forestières fermentées »), des entrepreneurs, comme Olygeo, la première plateforme de compostage de proximité du territoire ou encore l’accueil de races locales des Pays de Loire via le CRAPAL.
Un écosystème animé par la Coop IDEAL et le PTCE NOLA qui organise en 2020 le village des initiatives locales à La Ferme de l’Abbatiale, avec de grands noms de l’agroécologie tels que Marc Dufumier et Françoise Vernet et plus de 500 participants.
Des actions coordonnées avec les politiques publiques
NOLA a développé des liens avec les collectivités et institutions publiques, comme le Parc naturel régional de Brière, riche d’un espace naturel, le marais de Brière, qui vient d’être reconnu comme réserve de biosphère par l’Unesco. « Ce parc s’intéresse à la préservation de la biodiversité, mais aussi à la question de l’alimentation durable et saine pour tous », explique Noémie Mouret, co-directrice de la coop IDEAL. Dans ce cadre, il s’est associé à IDEAL pour bâtir une formation qui accompagne les personnes en difficulté vers une alimentation saine, dans le cadre du programme « Mieux manger pour tous ». « C’est là où nos relations tissées avec les associations d’insertion sont précieuses : nous avons pu faire le lien avec les publics précaires », analyse Noémie Mouret.
Et de conclure… « Un PTCE, c’est précieux car c’est un espace de discussion, de fabrication d’idées nouvelles ou tout simplement d’idées bonnes, où l’on peut décider ensemble d’avancer sur des sujets d’intérêt publics jugés importants sur un territoire. L’idée est d’apporter des réponses, et de mieux les coordonner ». Le PTCE jouant le rôle de chef d’orchestre, de ce qui peut s’apparenter à un opéra… « N’oublions pas qu’Opéra d’operare, qui a la même racine que coopérer ! » ajoute Noémie Mouret.
Interview de Noémie Mouret, animatrice du PTCE
Noémie Mouret, docteure en Sciences de Gestion et de Management de l’Université Rennes 2 et co-directrice de la coop IDEAL, qui anime le PTCE, a soutenu en septembre 2025 une thèse consacrée au PTCE NOLA. Elle explique ici sa méthode et ses découvertes. Propos recueillis par Valérie Lachenaud.
« « Les croisements dans la gouvernance du PTCE NOLA peuvent expliquer sa pérennité » »
Pourriez-vous nous raconter la genèse de votre thèse, qui s’intitule « Pérenniser une dynamique de coopération multi-acteurs au service d’un développement territorial soutenable » ?
A l’origine, j’avais réalisé un mémoire de recherche sur l’entrepreneuriat féminin à impact sous la direction de Pascal Glémain, Professeur des Universités à l’université Rennes 2. Je l’ai recontacté et il m’a informé que la coopérative IDEAL, qui abrite depuis 2014 le PTCE NOLA, souhaitait initier un travail de recherche. J’ai rencontré ses représentants et ensemble nous avons construit un projet de recherche dans le cadre d’un dispositif Cifre, en faisant converger leurs besoins opérationnels et la pertinence du sujet de recherche.
La coopérative IDEAL souhaitait structurer son service communication pour réussir à mettre en récit ce qu’ils faisaient, mieux comprendre tout ce qu’ils avaient entrepris depuis trente ans, le rendre visible et pouvoir se projeter vers l’avenir. Comme j’avais déjà une expérience de responsable de communication dans mon précédent travail, tout s’alignait.
Comment s’est construit ce travail de recherche ?
Nous nous sommes mis d’accord très rapidement sur les mots clefs de gouvernance, coopération et jeux d’acteurs, un fil conducteur auquel nous sommes restés fidèles entre le début et la fin de la recherche, ce qui n’est pas si courant.
Pourquoi cette question de la gouvernance les intéressait autant ?
Il y avait pour eux un enjeu de continuer à structurer la dynamique d’acteurs qui était adhocratique, en ce sens que le PTCE NOLA n’a pas à proprement parler de structure juridique, ni de statuts, ni de gouvernance formalisée. Il est animé par une dynamique qui est celle de la coopérative IDEAL. Ce qui n’est pas le cas de tous les PTCE. Certains sont formalisés sous la forme d’associations de 1901, d’autres sous la forme de Sociétés Coopératives d’Intérêt Collectif (SCIC) et d’autres, comme NOLA, sous la forme de collectifs informels. Est-ce que c’est une faiblesse ? C’était l’une des questions posées à travers ce travail de recherche.
Comment votre travail s’est-il organisé ?
Dans le cadre de ce contrat Cifre, il était convenu que je passerai la moitié du temps sur de la recherche pure et l’autre moitié, sur des missions techniques pour structurer la communication de la coopérative IDEAL.
Je suis partie d’une page blanche, car j’ignorais pratiquement tout des PTCE. C’était de mon point de vue un atout, puisqu’ainsi je n’avais aucun a priori, aucune hypothèse de départ à vérifier.
Par chance, mes deux « casquettes » se complétaient : la communication est le carrefour de l’information. Cela m’a permis de rencontrer tous les acteurs et instances de gouvernance dont j’avais besoin, de capter tous les récits. Les six premiers mois ont correspondu à une immersion totale dans le PTCE et à la lecture de la littérature existante sur le sujet. La confrontation des deux me permettant de voir que ce que je lisais ne « collait » pas forcément avec ce que je voyais…
Quelle était votre méthode ?
La recherche intervention procède par tâtonnement, en suivant une méthodologie chemin faisant. Le chercheur accepte d’être dans un système de vases communicants. Il n’est pas en « blouse blanche » dans un espace témoin duquel il entre et ressort : il transforme l’objet de recherche et accepte d’être transformé par lui. Cette thèse est le fruit d’un travail collectif. J’informais les acteurs de l’avancement de ma recherche, et nous coconstruisions ensemble son objet.
Vous rappelez cette dimension en introduction de votre travail en parlant « d’une aventure profondément collective », une traversée où chaque étape vous a invitée « à éprouver, question et éprouver encore ce que « coopérer » veut dire ».
Oui, car je suis sincèrement attachée à cet aspect, qui ne coule pas de source… L’exercice de la thèse est extrêmement solitaire. On demande aux étudiants de travailler trois ans de leur vie, tout seuls, pour produire ce travail, alors que par la suite, les projets de recherche réunissent souvent plusieurs dizaines de chercheurs.
Peut-on revenir sur ce terme de « recherche intervention ». Que désigne-t-il précisément ?
Cette notion vient affiner la notion de recherche action. Les deux sont une manière de faire de la recherche impliquante pour le chercheur et dévoilée. Contrairement par exemple à des sociologues qui vont se « glisser » dans une usine en tant qu’ouvrier, le chercheur n’est pas incognito. Tout le monde est au courant qu’il mène un travail de recherche.
Par ailleurs, la recherche action provoque, génère des situations d’expérimentation.
La recherche intervention fait la même chose, mais elle va plus loin dans la dimension transformatrice de l’objet et du sujet, de manière réciproque.
Comment ce choix de la recherche intervention s’est-il imposé ?
En tant que chercheur Cifre, salarié de la structure que j’allais étudier, j’étais dans une situation particulière. Je pouvais difficilement endosser une posture de neutralité.
Par ailleurs, l’ESS se prête bien à la recherche intervention, car elle se caractérise par une culture intense de l’échange, de l’atelier, de l’expérimentation.
Il y a donc une forte compatibilité. Avec un point de vigilance à garder en tête… Les acteurs de l’ESS se sentent parfois instrumentalisés par les chercheurs qui viennent expérimenter des choses chez eux et repartent avec les résultats, sans que les structures puissent identifier clairement les bénéfices de cette expérience.
C’était pour moi un aspect important car coopérer, mutualiser suppose réciprocité. De ce point de vue la recherche intervention est intéressante car les chercheurs s’impliquent durablement, développent à long terme des expérimentations, ce qui permet aux acteurs de s’imprégner plus profondément des résultats de leur travail.
L’autre point de vigilance n’est-il pas aussi celui de l’objectivité du travail de recherche ? Difficile d’être objectif quand on est salarié et partie prenante de l’objet d’observation ?
Cette question trouve à mon sens sa réponse dans la justification méthodologique. Personne n’est objectif – c’est en tous cas l’avis de sociologues - chacun arrive avec son bagage, sa culture, sa vision, ses conceptions. Ce qui préserve le chercheur du propos biaisé, c’est la transparence de ses choix méthodologiques et sa démarche déontologique. Dès lors que tout est justifié, les chemins qui sont pris, les résultats qui en découlent, alors nous sommes bien en présence d’une démarche scientifique. Si on n’est pas capable de reproduire une expérience, alors, elle est caduque. En indiquant le cadre méthodologique retenu, on permet sa reproductibilité par d’autres.
Comment avez-vous procédé pour recueillir la matière utile à votre thèse ?
J’ai réalisé une cinquantaine d’heures d’entretiens semi-directifs avec les différents acteurs et j’ai par ailleurs été en posture de participation observante pendant toute la durée de la thèse.
Un détail qui a beaucoup intéressé mon jury de thèse… Ma « double casquette » de salariée et chercheuse était matérialisée par l’existence de deux carnets de notes, l’un pour mon travail, l’autre – un carnet rouge - pour la recherche. Ce dernier s’inspirait des carnets de bord ethnographiques, où le chercheur s’observe lui-même en train de chercher et prend du recul par rapport à son expérience.
Par ailleurs, j’ai complété ces entretiens par des expérimentations, en générant moi-même des situations de coopération : évènements, appels à projets, où les outils créés par la recherche (modèles de gouvernance, cartographies, récit) sont mis à l’épreuve par le collectif et améliorés/appropriés chemin faisant.
En résumé, mon travail s’est articulé autour d’un triptyque, observation, entretien, expérimentation.
« Pour durer dans le temps, les dynamiques de coopération ont besoin de se renouveler »
Vous êtes docteure en sciences de gestion et management en ESS. Utiliser des carnets ethnographiques est courant dans cette discipline ?
Non, bien sûr, ce n’est pas habituel dans ce domaine. On demande aux étudiants de choisir très tôt leur discipline, ce qui m’a toujours semblé réducteur. Ma thèse fait aussi appel à l’histoire, la sociologie, l’anthropologie, la géographie, la psychosociologie. Cela m’a semblé nécessaire car la coopération nécessite une approche transversale. Mon travail de thèse portait sur les conditions de pérennisation du PTCE… Si je m’étais cantonnée à l’approche « sciences de gestion », je passais à côté du sujet.
Pour revenir à la question initiale, est-ce que le caractère adhocratique du PTCE NOLA est un frein et une faiblesse ?
Ma conclusion serait plutôt que c’est une force. Cette souplesse n’est pas subie, c’est un choix délibéré. Pour durer dans le temps une dynamique a besoin de se renouveler. Ceux qui sont là au départ ne sont pas forcément les mêmes dix ans plus tard.
Dans le cas de NOLA, un noyau dur de deux ou trois membres répond présent depuis le début. Mais tout autour, on constate des fluctuations, en fonction des projets, des opportunités, de la vie des structures qui peuvent être fragiles, ou de la réorientation des projets associatifs, etc. Bref, pour un tas de raisons, on assiste à une forme de mobilité et le fait qu’il n’y ait aucune contrainte à entrer ou sortir facilite le maintien de la dynamique.
Dans votre thèse, vous faites référence à la notion de « pensée complexe » mise en avant par Edgar Morin. En quoi cette approche s’est révélée éclairante pour votre travail ?
Elle m’a rendu un grand service tout au long de ce travail. Lorsque j’ai débuté mes entretiens, il était fréquent que j'entende « c'est compliqué à expliquer » en réponse à des questions très simples comme « qu’est-ce que vous faites ? ».
C’était vraiment récurrent. En poussant l’analyse, j’ai compris que ce n’était pas compliqué, mais complexe et que cette complexité était une richesse.
La résilience du PTCE NOLA s’explique notamment par un système de gouvernances croisées.
Qu’est-ce qui fait que le PTCE NOLA a perduré, malgré des difficultés pour certaines structures, malgré l’absence de financement national ? Sans doute ces croisements de gouvernance.
Qu’appelez-vous les croisements de gouvernance ?
Le fait par exemple que l’on retrouve les mêmes administrateurs dans différentes structures, ou que les comités de direction sont communs entre plusieurs structures et que les salariés eux-mêmes sont partagés, via des doubles contrats.
En quoi ce modèle peut-il être un facteur de pérennité ?
Cela facilite la coopération et crée des liens qui dépassent les structures et les personnes. Le PTCE est riche d’une longue histoire, avec des racines profondes, multiples, solides. Si l’on coupe une branche ou une racine, l’arbre ne meurt pas, car il est ramifié de partout.
Vous codirigez aujourd’hui la Coop IDEAL, diriez-vous que ce travail de recherche a contribué à la transformer ?
Incontestablement, oui. On est passé d’une époque où une poignée de membres pouvaient raconter notre activité, nos missions, notre façon de faire, à une appropriation collective par les salariés. Aujourd’hui, la plupart des salariés ont une vision limpide du projet, ce qui facilite les relations avec l’extérieur et la transmission. C’est aussi l’un des intérêts d’un travail de recherche : apporter de la clarté et du sens à l’action.
Jean-Pierre Caillon, co-fondateur du PTCE, était votre tuteur sur le terrain, quel rôle a-t-il joué ?
J’échangeais hebdomadairement avec lui, il a joué un rôle de « guide de terrain », de mise en lien avec les différents acteurs et m’a ouvert les portes du réseau. S’est instaurée aussi une complicité intellectuelle, un dialogue de deux passionnés, lui avec son expérience de 35 ans de la coopération, moi, qui découvrait progressivement ces dynamiques via mes lectures, mes interrogations et mon immersion sur le terrain.
Jean-Pierre Caillon a joué un rôle décisif aussi parce qu’il est à l’origine de ma thèse et qu’il a toujours accordé une grande importance à la recherche. Il a notamment participé à la création d’une chaire de recherche sur Nantes consacrée à l’ESS.
Cofondateur de la dynamique du PTCE, il est parti en retraite cette année. D’où un enjeu très fort de transmission, de capitalisation. Il s’est saisi de la recherche pour faire ce travail-là : produire un travail qui serve de caisse de résonnance d’une dynamique qui s’est développée à un instant T sur un territoire donné et confronter celle-ci à d’autres dynamiques similaires sur le territoire Français.
12 questions et réponses pour tout savoir sur les PTCE
Consacrés par la loi sur l’ESS de 2014, les PTCE recouvrent des dynamiques de coopération instituées entre les différents acteurs d’un territoire. Qui sont-ils ? Quel soutien reçoivent-ils des pouvoirs publics ? Nous avons tenté de faire le tour de la question avec Pierre Luc Mellerin, animateur national du dispositif de soutien des PTCE au sein du réseau Coraace.